Une rigole en vieux chêne
Au lavoir à même l'eau
De la colline prochaine
Où se tient caché l'écho
Qui jase et babille
Et redit tous nos lazzis ;
Car nous lavons en famille
Tout le linge du pays.

             

La margelle est une pierre
Aussi lisse qu'un miroir ;
Un vieux toit fourni le lierre
Tient à l'abri de lavoir ;
De l'iris les feuilles vives
Y dardent leurs dards pointus ;
Pour embaumer nos lessives,
Sa racine a des vertus.
          

La vieille branlant mâchoire,
Qui se souvient de cent ans,
Conte aux jeunes quelque histoire
Aussi vieille que le temps :
C'est Satan qui se démène
Dans le corps d'un vieux crapaud,
Ou bien c'est quelqu'âme en peine
Qui, la nuit, vient troubler l'eau.
                           

Tout en jasant, la sorcière
Tord son linge à tour de bras ;
Auprès fume une chaudière,
C'est comme un ancien sabbats.
Mais dans un coin la fillette
Qui veut plaire à son galant,
Mire dans l'eau sa cornette,
Sa ceinture et son bras blanc.