Rêvez un frêle paysage

De bruyères et de bouleaux,

Dont flotte au vent le blanc feuillage,

Comme l’écume sur les flots ;

Et sous cette ombre échevelée,

Rêvez, plus gracieuse encor

Que les bouleaux de la vallée,

La vierge aux longues tresses d’or.

Jour et nuit, blanche et blonde, elle erre ;

Ses yeux bleus se noyant de pleurs,

Fille du ciel et de la terre,

Sœur des étoiles et des fleurs.

Sur son passage tout l’admire

Et tout la chante d’une voix ;

Brisons la guitare et la lyre,

Ses musiciens sont les bois ;

La bête sort de sa tanière,

L’oiseau de son nid pour la voir ;

L’étang, la source et la rivière,

Lui présentent leur bleu miroir.

Jour et nuit, blanche et blonde, elle erre ;

Ses yeux bleus se noyant de pleurs,

Fille du ciel et de la terre,

Sœur des étoiles et des fleurs.

On dit qu’avec les astres même,

La nuit, elle a de longs discours ;

Un autre vous dira qu’elle aime,

Sans rien conter de ses amours.

Oh ! ce n’est point sous vos ombrages,

Bouleaux, sapins, genévriers,

Que nichent ses amours sauvages :

Son cœur est loin de nos sentiers.

Jour et nuit, blanche et blonde, elle erre ;

Ses yeux bleus se noyant de pleurs,

Fille du ciel et de la terre,

Sœur des étoiles et des fleurs.

Elle aime sous l’ombre mystique

Des palmiers d’or qui sont au ciel,

Et sa vie est un long cantique

Qui fuit loin du monde réel.

Ange, vous êtes une femme,

Le ciel est peut-être à vos pieds ;

Choisissez entre mille une âme

Qui vous aime et que vous aimiez.

Jour et nuit, blanche et blonde, elle erre ;

Ses yeux bleus se noyant de pleurs,

Fille du ciel et de la terre,

Sœur des étoiles et des fleurs.